1er avril

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1er avril

Messagepar Cz » 01 Avr 2009, 13:56

Obéissant à la tradition du poisson, la télévision avait diffusé le 1er avril 1973 un reportage criant de vérité sur une imminente et radicale interdiction de fumer dans les restaurants, les bars, les gares, les aéroports, les taxis, les locations, les cinémas, absolument partout.
« Enorme ! », aurait dit Luchini.
Une trentaine d’années plus tard, la bonne farce est devenue réalité. Du moins pour les fumeurs. Les voilà parias, honteux sur leurs trottoirs, congelés en hiver sur des terrasses de café dont ils n’ont même pas la garantie de pouvoir profiter en été puisque les non-fumeurs y veulent leur place au soleil.
Beaucoup d’entre vous doivent se dire à cet instant que les fumeurs sont finalement portion congrue et que, voilà, hein ?, c’est normal et que tant pis pour eux.
Alors continuons :
Depuis quelque temps, toujours sur le petit écran, défilent pendant les pages publicitaires des avertissements sur les dangers de la « mal-bouffe ». On vous conseille aimablement de « bien manger et de bouger ». On vous fournit gentiment une adresse internet où vraisemblablement vous allez enfin apprendre à « bien manger et à bien bouger ». Ailleurs, sur d’autres supports, on vous enjoint d’avoir un régime équilibré et de mener une vie saine. Toute une panoplie d’alarmes qui colle désormais à toutes les denrées comestibles, des pistaches aux steacks.
Rappelez-vous : la même méthode aussi anodine qu’insidieuse a été appliquée dans les pubs pour les cigarettes. « Ne pas fumer améliore votre santé », des messages quasi-subliminaux de ce genre. C’était écrit en tout petit au début. Puis les caractères ont grossi, grossi, grossi, jusqu’à l’occultation totale desdites pubs, définitivement effacées des ondes, des journaux, des carrosseries de F1 (et donc de celles de nos avions), des livres, des films...
Il y a donc fort à parier que dans une trentaine d’années la communication sur certains produits alimentaires sera strictement interdite. Oui, fini de rire : le foie gras, l’entrecôte, le cassoulet, les carbonara, le beurre demi-sel, les escargots, pour ne citer que ces délices-là, seront bannis et lourdement taxés.
Le pas vous semble franchi trop allègrement ? C’est trop « énorme » ? Songez seulement aux sucreries qui ont déjà été chassées des écoles (loi n° 2004-806 du 9 août 2004), à la brusque campagne contre l’obésité (qui ne prend d’ailleurs pas en compte les dernières découvertes génétiques à ce sujet), ou à l’alcool, pourtant déjà largement prohibé, qui est l’objet d’offensives régulières, activement alimentées par les campagnes des comités de vigilance routière (au point qu’il faudra très bientôt fournir une pièce d’identité pour l’achat d’une bouteille ou à la commande d’un canon).
Le tabac, l’alcool, la vitesse sont déclarés ennemis publics. Même certaines idées sont taboues, voire hors la loi. Bientôt donc le cholestérol. Quoi d’autre ? A considérer le chiffre ahurissant des accidents domestiques (20.000 morts par an), à suivre l’expansion de l’univers préventif qui nous cerne, il n’est pas improbable qu’une règlementation interviendra un jour pour ordonner, sécuriser, et contrôler notre vie privée. Déjà se profile l’obligation pour tout habitant de placer dans chaque pièce de son logement une alarme incendie.
Aux critiques qui s’élèvent un peu partout contre ces restrictions de liberté, on répond qu’on veut notre bien, que la sécurité et la santé sont une priorité d’ordre public, que le « principe de précaution » exige que l’on pourchasse, que l’on empêche et condamme « les conduites à risque ». Des mots que vous entendez quasiment tous les jours.
Que vous répétez, sans y prêter vraiment attention.
Il serait très intéressant de réfléchir aux ressorts psychologiques de cette société réclamant âprement secours, assistance et protection. Quelqu’un l’a fait en main de maître : Michel Schneider dans son livre « Big Mother », clin d’oeil à « Big Brother ». Un chef-d’oeuvre d’analyse à lire absolument. Au moins y apprendrez-vous la différence entre paternalisme et maternalisme.
Il serait aussi très intéressant d’évaluer les répercussions juridiques et politiques de cette société qui, en posant toujours plus de garde-fous, nous considère de facto comme des fous. Responsabiliser, est-ce criminaliser ? Quelqu’un l’a fait avec autant d’efficacité que de brio : Jean-Marc Fédida dans son livre « L’horreur sécuritaire ». A découvrir absolument.
Il serait tout autant intéressant de débattre du bien-fondé des arguments économiques qu’on avance de plus en plus pour justifier telle ou telle restriction de liberté. « Ça coûte cher ; ça devrait être interdit ». On en parle pour les skieurs hors piste, les marins partis en pleine tempête, les journalistes en reportage dans les pays en guerre, pour des tas d’autres cas. On a d’ailleurs déjà commencé à appliquer cette révolutionnaire définition de l’intérêt général en refusant un pontage à un certain Harry Elphick sous prétexte qu’il avait fumé dans sa vie. Il n’était pas ministre, il était donc à la fois responsable et coupable. Il en est mort.
Il serait accessoirement intéressant de se demander quel nom donner à un Etat qui, par taxes et amendes interposées, encaisse les profits de sa protection... ; et tout autant intéressant de s’enquérir de l’utilité des assurances privées et publiques qui tendent à ne plus garantir que le risque zéro.
Il serait enfin intéressant de chercher qui, au bout du compte, fera les frais de ces nouvelles contraintes. Le petit peuple ou les privilégiés ?
Oui, tout ceci est passionnant.
« Mais, vous interrogerez-vous, quel rapport avec nous, les voltigeurs ? »
Il est simple : la voltige consomme, pollue, pétarade, monopolise des terrains constructibles, perturbe l’espace. La voltige se nourrit de vitesse. La voltige, qui « est difficile, coûte cher et ne rapporte rien », comme nous le savons tous, est inutile. Elle est minoritaire, la portion congrue de la portion congrue. La voltige n’est pas professionnelle. La voltige est une injure au principe de précaution. La voltige est une conduite à risque. La voltige rend malade. Elle tue !
Voilà à quoi on aboutit en dévidant le fil à penser actuel.
Dans une culture de la peur, dans un monde de bienséance, dans une société matriarcale où tout danger doit être systématiquement écarté, la voltige est par définition politiquement incorrecte. Elle est donc menacée. Et elle l’est d’autant plus que le vaste mouvement sécuritaire est aussi diffus qu’éparpillé. Diffus parce qu’il n’existe pas à proprement parler de discours théorique sur le sujet (« c’est dans l’air ») et éparpillé car les domaines de la vie civile sur lesquels pèsent ces exigences de sécurité sont très variés. On vient, par exemple, d’imposer des crans de sûreté aux... briquets. Résultat, c’est par petits bouts qu’on nous rogne les ailes. La chose est insensible, aussi avons-nous tendance à l’accepter, sans protester. Qui ne dit mot, consent.
C’est une grosse erreur de notre part. Car personne, à part nous, ne lèvera le petit doigt pour nous défendre.
S’il fallait réagir, il faudrait en premier lieu le faire à notre niveau. Plus nous serons nombreux et unis au sein de notre association, plus nous aurons de poids pour affirmer notre passion, pour en communiquer les bonheurs, sans rien cacher de ses peines.
S’il fallait réagir, il faudrait ensuite le faire à une plus grande échelle. Sans vouloir prôner une anarchie utopique et dévastatrice, il serait judicieux et cette fois d’intérêt général de rester en alerte devant les législations ou les tendances liberticides. Qu’elles concernent les alpinistes, les navigateurs solitaires, les motards, les paras, tant d’autres ; ou qu’elles s’attaquent à toute autre activité. Si nous n’y prenons pas garde, cette frénésie nous atteindra et nous étouffera.
Que nous le voulions ou non, nous occupons une place à part, une place rare où nous éprouvons joies, courbatures, sueur, déceptions, enthousiasmes, douleurs, peurs, rêves, amitié, admiration, et mille et une autre merveilles qui font de nous des êtres vivants, quand bien même nous nous savons mortels.
A l’heure du droit opposable, ne serait-il pas temps d’opposer le plaisir de vivre au droit d’exister ?
Cz
 
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