Sécutité - Sauter en parachute
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SAUTER N'EST PAS JOUER
Info-voltige n°36 - juillet 2000
Gérard Bichet
Cette rubrique énonce des recommandations relatives à la bonne manière de se préparer à une éventuelle évacuation en urgence de nos avions. Certains événements récents montrent que cette préoccupation ne doit pas être absente de nos esprits.
1- Installation
L'installation à bord est un art difficile, surtout dans nos monoplaces ; nous
y reviendrons lors d'une prochaine rubrique " sécurité ".
De quelque manière qu'on envisage cette installation, elle a deux objectifs
contradictoires :
faire en sorte que
l'on soit le plus étroitement possible attaché à l'avion, conformément à
la réglementation (ceinture cinq points plus harnais de sécurité), confortablement
et en mesure d'effectuer tous les mouvements nécessaires, sans entrave particulière.
a contrario, faire
en sorte qu'on puisse se détacher le plus rapidement possible de l'avion,
lorsque nécessaire, afin de l'évacuer sans perdre un temps précieux dans ces
instants.
En conséquence, le pilote doit pouvoir se libérer par
simple ouverture des ceintures. Compte tenu, par exemple, du fait que l'on oublie
en général de retirer (ou plutôt de débrancher) son casque au moment crucial,
il convient de faire en sorte de pouvoir quitter l'avion avec le casque sans
l'avoir débranché.
En conséquence, les ceintures doivent impérativement être bouclées par dessus
tout autre fil, casque compris. En particulier, bannir tout enroulement de fil
autour des ceintures d'épaules pour résorber une " sur-longueur " gênante…
2- La procédure de sortie
L'ordre des gestes est impératif :
1) largage verrière (ou au moins ouverture si le largage est impossible) ,
2) débranchement du casque (souvent omis : les fils s'arrachent assez naturellement
tout seuls ..) ,
3) débouclage ceinture ,
4) action " poignée-témoin " sur la poignée du parachute ,
5) évacuation ,
6) action poignée d'ouverture .
Pourquoi ?
1) - déboucler les ceintures avant d'ouvrir la verrière expose le pilote au
risque de se retrouver scotché dans le fond de la verrière, sans plus parvenir
à manœuvrer la poignée de largage…
2) - l'action " poignée témoin " consiste à regarder la poignée d'ouverture
du parachute, à la prendre à la main comme si on voulait la manœuvrer, mais
sans le faire. Ce geste peut sauver : il permet de ne pas chercher - trop -
longtemps la poignée une fois hors de l'avion. Ne riez pas : les parachutistes,
morts après tiré jusqu'au sol une innocente boucle métallique de réglage au
lieu de la poignée d'ouverture, ont existé et existerons certainement encore.
3) - le timing entre la sortie et l'action poignée d'ouverture est laissé à
l'appréciation du pilote. Il semblerait (après discussion avec des parachutistes
réguliers) qu'il vaut probablement mieux ne pas trop attendre (altitude restante
mal maîtrisée ou risque de se prendre l'avion dans la figure, une fois en le
dépassant vers le bas, en se faisant rattraper par le haut après ouverture).
3- La décision
La décision revient toujours en dernier lieu au pilote. Conformément à une déontologie
issue du parachutisme, le choix de déclencher une procédure d'urgence, ainsi
que la manière de la conduire, est une liberté imprescriptible et définitive
du pilote. Personne ne s'aviserait jamais de porter un jugement de valeur sur
un choix d'urgence. Tout au plus se permet-on d'en déduire des enseignements
généraux pour les " prochains ". Les gens au sol ne sont pas en situation d'urgence
et aucun raisonnement cartésien, fait dans ces conditions, ne tient la route
dans l'absolu. Seul l'acteur dans l'action a raison.
4- SOA ou pas SOA ?
Il est clair que la SOA (Sangle d'Ouverture Automatique) permet de s'affranchir
du geste d'action poignée d'ouverture. Cependant, elle nécessite de s'éloigner
un peu de l'avion, avec une ficelle dans le dos rattachée à un avion, qui n'est
pas nécessairement en ligne de vol stable, au risque de l'accrocher quelque
part sur la cellule…
Pas de recommandation particulière : il y a probablement autant de très bonnes
raisons pour l'utilisation de la SOA que pour l'ouverture manuelle.
5- Entraînement - Préparation
Evacuer dans de bonnes conditions le jour venu, procède d'une double démarche
de préparation : une préparation systématique conditionnante et une préparation
apériodique de découverte et d'apprentissage.
1) - la préparation systématique conditionnante vise à faire en sorte que des
gestes de survie soient menés de manière réflexe au moment opportun. Le caractère
réflexe est important pour ne pas laisser la place aux hésitations ou à la viscosité
mentale sous stress.
Cette préparation réflexe devrait en toute logique pouvoir
porter sur la totalité de la procédure d'évacuation. En pratique, seuls certains
aspects de cette procédure peuvent être vraiment simulés. Par exemple, comme
il ne faut pas larguer la verrière, la sortie de l'avion devra tenir compte
de la présence de celle-ci et des éventuelles ficelles de retenue qui peuvent
accrocher le parachute. Dans le cas d'une SOA, il convient de ne pas ouvrir
le parachute involontairement. D'autre part, une évacuation réelle peut se faire
assez brutalement, sans tenir compte des dégâts occasionnés dans la cellule
(arrachement des fils du casque, coups de pieds ou chocs sur les instruments
et l'aménagement intérieur, rejet violent des ceintures, etc…). En conséquence,
l'entraînement au sol ne peut pas reproduire l'élément important qu'est le timing
des l'opérations, puisqu'il fau tun peu respecter le matériel…
Ceci n'empêche pas toutefois de s'entraîner souvent à des exercices d'évacuation
en visualisant, le plus précisément possible, l'ordre rigoureux des actions.
En particulier, ceci est la seule façon de savoir parfaitement où se situe le
système de largage de la verrière, où trouver en général les boucles de ceinture
(souvent au centre bien sûr, mais parfois décalées latéralement ou masquée par
les plis des vêtements, etc…). Ces exercices peuvent être déclenchés par l'instructeur
et par des gens au sol qui, au retour du vol, donnent par surprise au pilote
d'évacuer en secouant l'avion et les commandes pour simuler un peu de désordre
ambiant !
De manière plus élémentaire, mais tout aussi importante, il a été dit l'utilité
de l'action " poignée-témoin " avant de quitter l'avion. Ce geste peut sauver
et doit donc être rendu automatique. C'est un geste de base du parachutiste,
et le simple fait d'avoir fait un peu de parachutisme le rend rapidement réflexe
(même encore plus rapidement que vous ne l'imaginez !). Ce que nous vous proposon
pour cela, c'est de la rattacher mentalement à une autre action. Cette autre
action, c'est le fait (commun à tous nos avions) de devoir poser les mains sur
les côtés de l'avion pour s'appuyer et se mettre debout. Il suffit alors de
faire systématiquement précéder ce geste de posé des mains par l'action poignée-témoin,
puis de sortir de l'avion avec le parachute sur le dos pour ne plus physiquement
pouvoir quitter un avion de voltige sans penser à faire préalablement une action
poignée-témoin. Ce conditionnement mental (car s'en est un) fera que le jour
venu, même sous stress, le simple fait de poser les mains sur les bords du fuselage
déclenchera l'action poignée-témoin avant de sortir. Normalement, vous devriez
retrouver la poignée beaucoup plus facilement une fois en dehors de l'avion.
2) - la préparation apériodique de découverte et d'apprentissage
a pour but de faire vivre au moins une fois, et si possible plusieurs, les situations
physiques et mentales d'urgence pour en diminuer l'effet d'inconnu (donc, de
peur). Elle peut revêtir plusieurs forme. Par exemple, faire un saut d'initiation
permet de se jeter au moins une fois en dehors d'un avion. Faire un exercice
d'évacuation et ouvrir le parachute réellement le jour ou celui-ci doit être
donné au spécialiste du repliage, est une bonne façon d'enchaîner la totalité
des gestes d'évacuation.
Il devrait également être possible de concevoir un exercice accroché au harnais
suspendu de para-club, où on se jetterait d'un portique pour se retrouver suspendu
à l'horizontale par les hanches (donc un peu en mouvements pendulaires désordonnés)
pour finalement regarderla poignée, et l'actionner. Normalement un parachutiste
doit passer au moins une fois par au harnais suspendu, afin de répéter les procédures
de libération-réserve. Pourquoi pas nous ?
De manière générale, je conseil personnellement de faire une progression parachutiste
ou une partie de progression, pour plusieurs raisons : d'abord, le parachutisme
est un sport vraiment extraordinaire qui reste en soi une expérience inoubliable,
malgrè la peur naturelle qui peut freiner ; ensuite, faire une progression même
partielle permet d'aplanir les difficultés relatives à l'évacuation : vaincre
la peur de quitter l'avion (le monde dehors de l'avion n'étant plus si hostile,
la décision de sauter se fait sans retard ni hésitation), acquérir des réflexes
salvateurs (action poignée-témoin et action poignée d'ouverture).
6- Nos recommandations
1) - Soignez l'installation en vue de l'évacuation.
2) - Simulez et " resimulez " les sorties d'urgence en apprenant à fond l'aménagement
intérieur de la machine.
3) - Conditionnez le réflexe de l'action poignée-témoin, et quittez systématiquement
l'avion avec le parachute sur le dos.
4) - Goûtez au parachutisme, vous ne le regretterez pas !